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On rêve déjà a l’apres-Trump


 Après Trump, la relation économique entre le Canada et les États-Unis lui survivra — et non l’inverse.

Un président traverse l’histoire. Une géographie, elle, demeure. Le Canada et les États-Unis partagent bien davantage qu’une frontière : des chaînes de production intégrées, des réseaux énergétiques, des voies de transport, des investissements, des millions d’emplois et des communautés dont la vie quotidienne dépend des échanges entre les deux pays.

Donald Trump peut perturber cette relation, l’alourdir de menaces, la rendre imprévisible et transformer momentanément un partenariat en rapport de force. Il ne peut cependant effacer les réalités économiques qui la rendent nécessaire aux deux nations. Les gouvernements changent; les intérêts profonds demeurent.

Cela ne signifie pas que le Canada doive attendre passivement ou tout accepter. La patience n’est pas la soumission. Elle consiste à protéger nos entreprises, diversifier nos marchés, négocier avec fermeté et éviter que chaque provocation nous entraîne dans une escalade coûteuse. Répondre à l’imprévisibilité par une stratégie réfléchie n’est pas un signe de faiblesse : c’est refuser de laisser l’autre imposer son rythme et sa nervosité.

La méthode trumpienne repose largement sur la pression : annoncer très haut, menacer très fort, créer un sentiment d’urgence, puis réclamer des concessions. Mais le temps politique n’est pas le temps économique. Un dirigeant peut bouleverser les règles durant quelques années; il ne peut éternellement forcer deux économies voisines et profondément imbriquées à se comporter comme des ennemies.

Un climat plus prévisible reviendra probablement, mais il ne rétablira pas automatiquement la confiance d’autrefois. Les Canadiens auront appris que même leur partenaire le plus proche peut devenir brusquement incertain. Le prochain chapitre devra donc combiner réconciliation et prudence : reconstruire la coopération sans retomber dans une dépendance naïve.

Trump laissera peut-être des barrages, des détours et des berges abîmées. Mais le courant qui unit les deux pays est plus ancien et plus puissant qu’un seul homme.

La rivière finit toujours par trouver son lit.