Juste mes chansons

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Comment agir avec un intimidateur?


 On ne désamorce pas nécessairement un intimidateur en lui donnant ce qu’il réclame. On risque parfois de lui apprendre qu’il suffit de menacer davantage.

CE DÎNER N’AVAIT PLUS RIEN DE DRÔLE




 

Il existe une différence entre rire avec les autres et rire aux dépens des autres.

Au dîner des correspondants de la Maison-Blanche, Donald Trump devait participer à une tradition démocratique où le pouvoir politique accepte, pour une soirée, de se faire taquiner par ceux dont le métier consiste à le surveiller.

Mais à mesure que son discours avançait, l’humour a laissé place aux attaques personnelles, aux insultes et au malaise.

Au début, certains riaient.

Puis la salle s’est peu à peu tue.

Et ce silence en disait peut-être davantage que tous les applaudissements.

Car l’humour révèle souvent la personnalité de celui qui l’utilise. Il peut rassembler, détendre et humaniser. Mais il peut aussi humilier, intimider et rappeler à chacun qui détient le pouvoir.

Donald Trump a ciblé des journalistes, des artistes, des animateurs, des adversaires politiques et même ses propres rédacteurs de discours. Il a également enfilé une casquette « Trump 2028 » en plaisantant sur un troisième mandat, pourtant interdit par la Constitution américaine.

Bien sûr, une plaisanterie n’est pas une modification constitutionnelle.

Mais lorsqu’un président joue continuellement avec les limites démocratiques, il ne faut pas seulement écouter ce qu’il affirme. Il faut également observer ce qu’il cherche à banaliser.

On lance une idée.

On la présente comme une blague.

On regarde qui rit.

Puis on la répète jusqu’à ce qu’elle ne choque presque plus personne.

Le véritable malaise de cette soirée ne provenait donc pas seulement de quelques mauvaises plaisanteries.

Il provenait de cette impression que le président ne cherchait pas à partager la scène, mais à la dominer.

Même devant des journalistes réunis pour célébrer la liberté de presse, tout devait encore tourner autour de lui : ses ennemis, ses victoires, ses griefs, son avenir et l’attention que les médias lui accordent.

Il a d’ailleurs lancé aux journalistes que, lorsqu’il ne serait plus là, ils seraient tous ruinés.

Cette phrase paraît drôle en surface. Mais elle révèle une conception profondément narcissique du pouvoir : celle d’un homme persuadé que les institutions, les médias et même le débat public n’existent qu’en fonction de sa présence.

Or la démocratie ne repose jamais sur un seul homme.

Les présidents passent.

La Constitution demeure.

Les gouvernements changent.

La liberté de presse doit survivre.

Donald Trump a affirmé avoir beaucoup de respect pour la profession journalistique. Mais le respect ne se mesure pas dans une phrase prononcée à la fin d’un discours.

Il se mesure dans la capacité d’un dirigeant à accepter les questions difficiles, les enquêtes dérangeantes, les critiques sévères et les reportages qui ne lui plaisent pas.

Critiquer les médias est légitime. Les journalistes ne sont ni infaillibles ni au-dessus de toute remise en question.

Mais il existe une différence fondamentale entre critiquer une presse libre et chercher à l’intimider.

La première attitude peut améliorer la démocratie.

La seconde cherche à la soumettre.

Ce dîner devait être un moment d’autodérision et de rapprochement.

Il est devenu le miroir d’une époque où l’insulte passe pour de la franchise, où l’humiliation est confondue avec la force et où le malaise collectif est présenté comme un spectacle réussi.

Nous ne devrions pas nous demander seulement si Donald Trump était drôle.

Nous devrions nous demander pourquoi nous sommes progressivement habitués à voir un président traiter ainsi ceux qui le critiquent.

Parce qu’une démocratie commence à s’affaiblir bien avant la disparition des élections.

Elle s’affaiblit lorsque le mépris devient normal.

Elle s’affaiblit lorsque les institutions deviennent les accessoires d’un seul homme.

Elle s’affaiblit lorsque nous rions de ce qui devrait encore nous inquiéter.

Ce soir-là, le rire s’est éteint dans la salle.

Peut-être était-ce simplement le signe qu’une mauvaise blague avait trop duré.

Mais peut-être était-ce aussi le moment où plusieurs ont compris qu’ils n’assistaient plus à un spectacle humoristique.

Ils assistaient à une démonstration de pouvoir.

Lorsque le rire sert à humilier plutôt qu’à rapprocher, ce n’est plus de l’humour. C’est une manière de montrer qui doit se taire.

L’intelligence artificielle, le plagiat et la rivière de la création

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Le débat sur l’intelligence artificielle et le droit d’auteur devient souvent inutilement confus parce qu’on mélange deux réalités très différentes : copier une œuvre et apprendre d’une œuvre.

Lorsqu’une IA reproduit intégralement un livre, une chanson, une image ou de longs passages reconnaissables sans autorisation ni attribution, la ligne est franchie. Qu’on parle juridiquement de plagiat, de contrefaçon ou d’atteinte au droit d’auteur, le principe demeure simple : prendre la création d’un autre et la présenter comme une œuvre nouvelle n’est pas acceptable. Les systèmes d’IA doivent être conçus pour empêcher ces reproductions et corriger rapidement leurs erreurs.

Mais apprendre n’est pas copier.

Depuis toujours, les êtres humains lisent, observent, écoutent et s’inspirent de ce qui existait avant eux. Aucun écrivain, musicien, peintre ou penseur ne crée dans le vide. Nous sommes tous nourris par nos lectures, nos expériences, notre culture et les œuvres qui nous ont précédés.

La création véritable ne consiste donc pas à être libre de toute influence. Elle consiste à transformer ces influences pour produire quelque chose de nouveau.

Voilà pourquoi la distinction essentielle devrait être la suivante :

S’inspirer, transformer et créer est légitime. Copier, dissimuler et s’approprier ne l’est pas.

Il faut cependant ajouter une nuance importante. Une IA peut produire un résultat original tout en ayant été entraînée à partir d’œuvres obtenues illégalement. Dans ce cas, le résultat n’est pas nécessairement du plagiat, mais la manière d’acquérir les données demeure moralement et juridiquement contestable. On ne peut pas défendre la propriété intellectuelle des grandes entreprises technologiques tout en considérant celle des auteurs, artistes et citoyens ordinaires comme une matière première gratuite. C’est précisément le double standard dénoncé dans l’article de Jeff Yates.

La création ressemble finalement à une rivière.

Elle reçoit l’eau de nombreuses sources, traverse différents territoires, contourne les obstacles et creuse progressivement son propre passage. Elle ne renie pas ses origines, mais elle ne demeure pas prisonnière de chacune de ses gouttes.

L’intelligence humaine ou artificielle doit elle aussi trouver son propre lit : apprendre de ce qui existe, le transformer et avancer sans voler ni effacer ceux qui l’ont nourrie.

Car une rivière qui ne parvient plus à avancer finit par stagner, s’assécher ou mourir.

La création aussi.

Trump : le clown méprisant.

L'histoire enseigne que les bâtisseurs et les démolisseurs ne laissent pas le même héritage. Les premiers planifient, consultent, calculent les risques et construisent des alliances durables. Les seconds privilégient le spectacle, l'improvisation et le rapport de force, convaincus que le bruit suffit à remplacer la compétence.

Construire une maison commence par un plan. L'architecte établit une vision, l'ingénieur valide sa faisabilité, les experts évaluent les coûts, les institutions financent le projet et le maître d'œuvre coordonne son exécution. Sans méthode, le chantier se transforme rapidement en chaos.

Cette logique vaut tout autant pour la gestion d'une entreprise que pour la conduite d'un État.

Or, le trumpisme repose souvent sur une logique inverse : gouverner par l'effet d'annonce, transformer les partenaires en adversaires, substituer les slogans aux réalités économiques et présenter chaque confrontation comme une victoire personnelle. Une telle approche peut séduire une partie de l'opinion publique à court terme; elle résiste beaucoup moins bien à l'épreuve des faits.

L'exemple des tarifs douaniers est particulièrement révélateur.

Lorsque Donald Trump affirme imposer un tarif de 50 % au Canada, le message politique est simple : faire croire que le voisin paiera la facture. Pourtant, la mécanique économique raconte une tout autre histoire.

Le tarif est perçu par les douanes américaines auprès de l'importateur américain. Celui-ci absorbe une partie du coût ou le répercute sur les distributeurs et les consommateurs. Les produits deviennent plus chers aux États-Unis. Les entreprises américaines voient leurs coûts augmenter. L'inflation est alimentée. Le pouvoir d'achat des ménages diminue.

Le Canada, pour sa part, peut évidemment subir une baisse de ses exportations et perdre certaines parts de marché. Les deux économies sont pénalisées. Il ne s'agit pas d'un jeu où l'un gagne tout et l'autre perd tout, mais bien d'une logique où chacun ressort affaibli.

Autrement dit, ce n'est pas une facture magique envoyée au Canada.

C'est une taxe décidée par Washington et d'abord payée aux États-Unis.

Cette distinction est essentielle, car elle illustre la différence entre la communication politique et la réalité économique.

La même opposition existe entre le mépris et le respect.

Mépriser ses partenaires commerciaux, humilier ses alliés historiques ou réduire les relations internationales à des rapports de domination peut produire des images fortes pour les réseaux sociaux. Mais les marchés, les investisseurs et les entreprises fonctionnent selon une logique bien différente : ils recherchent la prévisibilité, la confiance et la stabilité.

À force de traiter ses partenaires comme des vassaux plutôt que comme des alliés, un dirigeant finit souvent par perdre ce qu'il croyait renforcer : sa crédibilité.

Le mépris appelle rarement l'admiration. Il suscite plus souvent la méfiance, puis le rejet.

C'est en ce sens que l'excès de confiance devient parfois une forme de ridicule.

Le clown n'est pas celui qui fait rire volontairement; c'est celui qui croit impressionner alors que le public finit par percevoir l'écart entre le spectacle et la réalité. Plus les affirmations simplistes se heurtent aux faits, plus le personnage se caricature lui-même.

L'économie n'obéit ni aux coups d'éclat ni aux slogans.

Elle répond aux lois des marchés, aux chaînes d'approvisionnement, aux investissements, aux gains de productivité et à la confiance entre partenaires. Les démocraties solides prospèrent lorsqu'elles privilégient les institutions plutôt que les impulsions, la coopération plutôt que l'intimidation et les faits plutôt que les récits.

Au-delà du cas Trump, la leçon demeure universelle.

Les bâtisseurs préparent l'avenir en élaborant des plans solides, en respectant les faits et en recherchant des solutions mutuellement avantageuses. Les démolisseurs préfèrent les confrontations, les effets de scène et les victoires symboliques.

L'histoire, cependant, retient rarement les cris. Elle retient les œuvres.

Et la prospérité durable ne se construit jamais sur le mépris, mais sur la rigueur, la réciprocité et l'intelligence de la coopération.