Lien vers ce blogue : https://comprendrelebruitdumonde.blogspot.com/2026/07/le-pays-qui-bati-une-partie-de-sa.html
Soyons précis : les États-Unis ne sont pas le pays qui a reçu le plus grand nombre d’Africains durant la traite transatlantique.
Le Brésil et les Caraïbes en ont reçu beaucoup plus.
Mais aucun historien sérieux ne peut nier que l’esclavage a profondément contribué à l’essor économique américain.
En 1860, près de quatre millions de personnes étaient encore réduites en esclavage aux États-Unis.
Pendant des décennies, le coton qu’elles cultivaient a représenté plus de la moitié des exportations américaines. Cette richesse ne restait pas uniquement dans les plantations du Sud. Elle circulait dans les banques, les ports, les compagnies d’assurance, les filatures du Nord, les entreprises de transport et les marchés européens.
Le travail volé à des générations d’êtres humains est ainsi devenu du coton, du crédit, des immeubles, des usines et du capital.
Aujourd’hui, Washington impose une nouvelle surtaxe au Canada et à des dizaines d’autres économies sous prétexte qu’elles n’interdisent pas assez efficacement les produits issus du travail forcé.
Combattre le travail forcé est une cause juste.
Mais voici la contradiction que l’administration Trump préférerait probablement éviter :
les États-Unis maintiennent encore dans leur treizième amendement une exception permettant le travail involontaire comme punition après une condamnation criminelle.
Dans leurs prisons, des personnes peuvent être obligées de travailler pour des rémunérations extrêmement faibles. Les industries pénitentiaires fédérales ont versé en moyenne moins d’un dollar l’heure selon un rapport du gouvernement américain lui-même.
Est-ce exactement la même chose que l’esclavage des plantations?
Non. Il faut respecter les différences historiques et juridiques.
Mais est-il cohérent de taxer le Canada au nom du travail forcé tout en conservant chez soi une exception constitutionnelle permettant de contraindre des prisonniers au travail?
La question mérite d’être posée.
Le Canada interdit déjà l’importation de marchandises produites par du travail forcé. Washington affirme cependant que cette interdiction n’est pas appliquée assez efficacement selon les critères établis par Washington.
Voilà donc les États-Unis devenus à la fois accusateurs, enquêteurs, juges et percepteurs de la taxe.
Et si les autres pays adoptaient cette méthode?
Le Canada pourrait taxer les produits américains en invoquant le travail carcéral.
L’Europe pourrait imposer une surtaxe pour insuffisance environnementale.
Le Mexique pourrait répondre au nom des travailleurs migrants.
Chaque pays trouverait facilement une blessure, une injustice ou une contradiction chez son voisin.
Le monde entrerait alors dans une guerre commerciale où les valeurs humaines ne serviraient plus à protéger les personnes, mais à justifier des tarifs.
Le passé esclavagiste des États-Unis ne leur retire pas le droit de combattre le travail forcé.
Il devrait cependant leur imposer une obligation particulière de cohérence, de preuve et d’humilité.
Car on ne répare pas l’histoire en transformant une grande cause humaine en petit prétexte commercial.
La véritable question est simple :
les produits taxés ont-ils réellement été fabriqués par du travail forcé?
Si la réponse est oui, qu’on les bloque et qu’on sanctionne les responsables.
Si la réponse n’est pas démontrée, il ne s’agit plus seulement de protéger les droits humains.
Il s’agit d’utiliser la morale comme une arme économique.
Un pays peut reconnaître son passé et devenir un exemple.
Mais il perd sa crédibilité lorsqu’il condamne chez les autres ce qu’il refuse encore d’examiner complètement chez lui.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire