Le raisonnement serait le suivant.
Trump obtient une grande partie de son avantage politique lorsqu’il peut raconter l’histoire ainsi :
« J’ai menacé → ils ont cédé → j’ai gagné. »
Si le Canada accepte rapidement des concessions importantes uniquement pour éviter une hausse tarifaire, Trump peut transformer l’entente en démonstration de force.
Mais si Ottawa répond :
« Nous sommes prêts à négocier longtemps. Nous signerons demain si l’accord est équitable. Sinon, nous ne signerons pas. »
alors toute la dynamique change.
La menace tarifaire conserve un coût économique réel, mais elle perd une partie de sa valeur politique.
Trump ne peut plus annoncer une victoire rapide.
Et surtout, les coûts de sa stratégie commencent à revenir vers les États-Unis eux-mêmes.
C’est particulièrement vrai avec le Canada et le Mexique, parce que leurs économies ne sont pas simplement des fournisseurs étrangers : elles sont imbriquées dans les chaînes de production américaines. Reuters souligne justement que les discussions bilatérales actuelles mettent sous tension l’architecture même de l’ACEUM.
L’automobile constitue l’exemple parfait.
Une voiture assemblée aux États-Unis peut contenir des pièces canadiennes, mexicaines et américaines ayant franchi plusieurs fois les frontières.
À un certain niveau, tarifer son voisin revient donc à taxer une partie de sa propre chaîne industrielle.
Et les effets commencent déjà à devenir concrets : Stellantis envisage actuellement différentes options pour son usine de Brampton après les perturbations provoquées par les tarifs américains, un dossier qui concerne environ 2 200 emplois.
Ce serait une stratégie de patience
Il ne s’agirait pas de chercher une guerre commerciale.
Au contraire.
Le Canada pourrait maintenir une ligne très simple :
Cette stratégie possède un avantage psychologique important.
Elle oblige Trump à choisir entre deux choses :
- accepter éventuellement un compromis où les deux côtés peuvent prétendre avoir obtenu quelque chose;
- maintenir longtemps des tarifs dont les coûts finiront aussi par toucher les entreprises et consommateurs américains.
C’est précisément là que le temps peut modifier le rapport de force.
On observe d’ailleurs quelque chose de semblable ailleurs.
Le Brésil vient d’activer un mécanisme légal de réciprocité après les tarifs américains, tout en continuant d’appeler au dialogue. Lula ne ferme donc pas la porte à Washington, mais refuse que la négociation repose uniquement sur la menace.
Et l’administration Trump elle-même cherche désormais des arrangements spécifiques avec de nombreux partenaires, ce qui montre que Washington a aussi intérêt à transformer les confrontations tarifaires en accords.
Mais il y a une limite importante
Le Canada ne possède évidemment pas le même rapport de force économique que les États-Unis.
Environ les trois quarts de nos exportations de marchandises vont traditionnellement vers le marché américain. Une confrontation prolongée nous ferait donc probablement plus mal, proportionnellement.
C’est pourquoi « ne jamais signer » serait une mauvaise stratégie.
La meilleure formule serait plutôt :
Ne jamais signer uniquement parce que l’échéance approche.
Une négociation équitable ne signifie pas que chaque partie obtient exactement 50 %.
Elle signifie que les concessions sont suffisamment réciproques pour que chaque gouvernement puisse expliquer à sa population :
« Nous avons donné quelque chose, mais nous avons aussi obtenu quelque chose d’important. »
Et paradoxalement, c’est peut-être aussi la meilleure façon d’aider Trump à adopter une approche plus diplomatique.
Car si la stratégie :
menace → tarif → capitulation → victoire
cesse de fonctionner régulièrement, la stratégie alternative devient plus intéressante :
pression → négociation → compromis → victoire partagée.
C’est beaucoup moins spectaculaire.
Mais probablement beaucoup plus durable.
La phrase qui résume tout
Le meilleur moyen de calmer une politique fondée sur la victoire n’est peut-être pas de combattre Trump à chaque occasion, mais de lui apprendre qu’aucune victoire durable n’existe sans partenaire de l’autre côté de la table.
Et la question qui en découle est fascinante :
si le Canada et d’autres partenaires économiques majeurs refusaient collectivement de signer des accords manifestement déséquilibrés, Trump finirait-il par adoucir sa méthode, non par bienveillance, mais simplement parce que le rapport de force ne fonctionnerait plus aussi bien?
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