La Cour suprême n’a pas déclaré que le vote par correspondance ne pourrait jamais être mieux encadré. Elle a plutôt refusé que l’administration Trump bouleverse les règles à quelques semaines des élections de mi-mandat.
Le projet aurait obligé les États à transmettre au Service postal la liste des électeurs autorisés, à utiliser des enveloppes munies de codes-barres et à permettre au service postal fédéral de refuser certains bulletins jugés non conformes. Une agence relevant de l’administration Trump aurait ainsi obtenu un nouveau pouvoir de filtrage sur des élections normalement administrées par les États.
Officiellement, Trump prétend combattre une fraude massive. Pourtant, les données disponibles racontent une tout autre histoire : entre 2016 et 2022, on aurait recensé environ quatre cas de fraude postale par dix millions de votes par correspondance.
Alors, que craint-il réellement?
Le vote postal facilite la participation des personnes âgées ou handicapées, des étudiants, des militaires et des travailleurs qui peuvent difficilement se présenter au bureau de scrutin. Il permet donc à davantage de citoyens de voter, y compris des électeurs susceptibles de s’opposer à Trump.
Il complique également son récit électoral. Les bulletins postaux sont parfois comptés plus tard. Trump peut alors mener le soir du scrutin, proclamer victoire, puis qualifier de « suspects » les votes légitimes qui réduisent ensuite son avance.
La contradiction devient presque caricaturale : Trump vote lui-même par correspondance en Floride. En 2024, sa campagne encourageait également les républicains à voter tôt ou par la poste. Ce mode de scrutin semble donc acceptable lorsqu’il sert ses intérêts, mais devient une « arnaque » lorsqu’il risque de profiter à ses adversaires.
Rien ne prouve que Trump ait frauduleusement utilisé ces bulletins pour gagner l’élection de 2024. Mais tout indique que son véritable problème n’est pas l’existence de quelques faux votes.
Ce qu’il semble surtout craindre, ce sont les millions de vrais votes exprimés contre lui.
Voilà pourquoi le danger concret n’était pas une fraude massive jamais démontrée, mais qu’une réforme précipitée permette de bloquer des milliers, voire des millions, de bulletins parfaitement légitimes.
La démocratie ne consiste pas à choisir quels citoyens pourront voter selon la personne pour laquelle ils risquent de voter.
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