Quand Trump entend ¨voler¨ 2 milliards dans les poches des contribuables pour se constituer une armée pour le protéger!


Ce dernier geste de Donald Trump ressemble à une nouvelle insulte à l’intelligence du peuple américain.

Non seulement il a négocié un accord extraordinaire, mais il l’a fait dans une situation presque absurde : en tant que président, il est le patron de l’administration avec laquelle il négocie. Autrement dit, il s’est retrouvé à négocier avec un gouvernement qu’il dirige lui-même. C’est difficile de faire plus confortable comme rapport de force.

En échange de l’abandon d’une poursuite contre le fisc américain, liée à la violation de la confidentialité de ses documents fiscaux, Trump obtient la création d’un fonds massif d’environ 1,8 milliard de dollars. Officiellement, ce fonds doit servir à dédommager des Américains qui affirment avoir été injustement ciblés par des poursuites politiques sous l’administration Biden.

Mais c’est là que le scandale prend toute son ampleur.

Parce que parmi les personnes potentiellement admissibles, on retrouve les quelque 1500 Américains qui ont pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 pour tenter d’empêcher la transition pacifique du pouvoir après la défaite de Donald Trump.

Ces gens n’étaient pas de simples touristes égarés. Plusieurs ont été filmés. Certains se sont eux-mêmes filmés. Des enquêtes policières ont documenté leurs gestes, leurs communications et leur rôle dans cette journée où la démocratie américaine a vacillé. Au terme du processus judiciaire normal — enquête, accusations, défense, procès ou plaidoyers de culpabilité — environ 1500 condamnations ont été prononcées.

Dans une démocratie fonctionnelle, cela s’appelle la règle de droit.

Mais dans l’univers politique de Trump, le réel est constamment retourné comme un gant. Le vrai devient faux. Le mensonge devient vérité. Les faits deviennent un buffet dans lequel on choisit ce qui arrange le récit du jour.

Ainsi, ceux qui ont participé à l’assaut du Capitole peuvent maintenant être présentés comme des victimes. Des prisonniers politiques. Des patriotes injustement persécutés. Et après leur avoir accordé le pardon présidentiel, Trump ouvre maintenant la porte à une autre récompense possible : un dédommagement financé par les contribuables.

C’est là que la question devient vertigineuse :

Les complotistes ont-ils gagné?

Car les forces qui ont mené au 6 janvier ne sont pas sorties de nulle part. Elles ont été nourries pendant des années par des théories conspirationnistes : QAnon, la fausse idée d’une élection volée, la méfiance systématique envers les institutions, les fantasmes de cabales secrètes, les délires sur une pandémie planifiée, les attaques contre la science, les médias, les tribunaux et la démocratie elle-même.

Trump n’a pas seulement profité de ces forces. Il les a courtisées, amplifiées, protégées, puis recyclées politiquement.

Et aujourd’hui, avec ce fonds de 1,8 milliard, le message envoyé est d’une brutalité inquiétante : si vous vous présentez comme un défenseur du chef, si vous acceptez son récit, si vous vous battez pour lui, le pouvoir pourrait finir par vous couvrir, vous pardonner, puis peut-être même vous indemniser.

Ce n’est plus seulement une question d’argent.
Ce n’est plus seulement une question de justice.
C’est une question de démocratie.

Quand un président peut contourner le Congrès, utiliser un règlement judiciaire pour créer un fonds quasi politique, garder une grande opacité sur les bénéficiaires et faire porter la facture aux citoyens, on n’est plus dans une simple bataille juridique. On entre dans une logique beaucoup plus inquiétante : celle d’un pouvoir qui se sert de l’État pour consolider son propre camp.

Le message implicite devient alors brutal :

« Je décide qui est victime. Je décide qui mérite compensation. Je décide où va l’argent public. Et si vous n’êtes pas d’accord, taisez-vous. »

C’est l’affront ultime.

Non seulement parce que l’argent vient des contribuables, mais parce qu’un tel précédent pourrait permettre à n’importe quel futur président de fabriquer un mécanisme semblable pour financer ses alliés, neutraliser ses adversaires et transformer la loyauté politique en chèque public.

Le cœur du scandale est là :

un État démocratique ne peut pas devenir la caisse personnelle d’un clan politique.

Et Trump ajoute abus après abus au peuple américain.

S’il entend aujourd’hui prélever près de deux milliards de dollars d’argent public pour se constituer une petite armée politique destinée à le protéger, croyez-vous vraiment qu’il en restera là?

Si le peuple américain ne lui résiste pas plus fermement qu’il ne l’a fait jusqu’ici, demain ce ne sera peut-être plus deux milliards. Ce sera dix. Vingt. Cinquante. Cent. Mille milliards. Et chaque fois, on trouvera une nouvelle justification, un nouveau prétexte, une nouvelle mise en scène juridique pour faire accepter l’inacceptable.

Car le danger n’est pas seulement dans le montant.
Le danger est dans le principe.

Une fois qu’un dirigeant comprend qu’il peut utiliser l’argent du peuple pour protéger ses fidèles, intimider ses adversaires et contourner les institutions, pourquoi s’arrêterait-il de lui-même?

C’est exactement ici que le complotisme devient plus qu’une maladie sociale. Il devient une force d’État.

Quand des croyances délirantes, autrefois reléguées aux marges, finissent par influencer les décisions du pouvoir le plus puissant du monde, il ne s’agit plus seulement de quelques individus perdus sur Internet. Il s’agit d’un système politique qui transforme la paranoïa en programme, la désinformation en stratégie et la loyauté personnelle en monnaie publique.

Les États-Unis exportent déjà leur technologie, leur culture populaire, leurs voitures et leurs plateformes numériques. Mais ils exportent aussi leurs dérives : leurs théories du complot, leur méfiance envers la science, leur rejet des faits, leur culte du chef, leur confusion entre liberté et impunité.

Et ce poison ne reste pas aux frontières américaines. Il voyage. Il entre dans nos débats. Il s’infiltre dans nos écoles, nos familles, nos conseils municipaux, nos réseaux sociaux et nos conversations quotidiennes.

Le Québec résiste peut-être mieux que d’autres endroits à certaines théories complotistes. Mais personne n’est immunisé contre cette contamination politique venue d’un pays où le complotisme n’est plus seulement une croyance marginale : il est devenu un moteur électoral.

Voilà pourquoi ce fonds est si grave.

Et si ce fonds sert, directement ou indirectement, à récompenser des gens qui ont attaqué ou fragilisé les institutions démocratiques, alors on ne parle plus de réparation. On parle d’un système de fidélisation politique payé par le peuple.

Cette affaire dépasse Trump. Elle pose une question fondamentale pour l’avenir des États-Unis, mais aussi pour toutes les démocraties qui regardent ce spectacle avec inquiétude :

Est-ce que l’argent public doit servir à réparer de véritables abus, ou peut-il devenir un outil pour bâtir une armée politique de fidèles protégés par le pouvoir?

Et devant l’accumulation des abus, une autre question troublante finit par s’imposer dans l’esprit de bien des gens :

Devant tout ce que ce président a déjà fait, devant toutes les zones d’ombre, devant tous les contournements, toutes les pressions et tous les privilèges qu’il semble s’accorder, peut-on honnêtement balayer d’un revers de main les questions qui entourent son nom dans le dossier Epstein?

Il ne s’agit pas ici de déclarer une culpabilité sans preuve.
Il s’agit de poser une question de confiance publique.

Quand un homme au pouvoir exige qu’on le croie sur parole, tout en refusant constamment les règles normales de transparence, la méfiance n’est pas une théorie du complot. Elle devient un réflexe démocratique.

Parce que dans une démocratie saine, personne ne devrait pouvoir dire :

« Je me finance avec vos impôts, je protège mes alliés, je contourne vos institutions, je récompense ceux qui me défendent, et je vous ordonne de fermer les yeux. »

Alors oui, la question mérite d’être posée :

Les complotistes ont-ils gagné?

Peut-être pas partout.
Peut-être pas définitivement.
Mais quand le complotisme prend le contrôle de l’État américain, quand il obtient des pardons, des fonds, des micros, des postes et des lois, il faut cesser de le traiter comme une simple absurdité.

Il faut le traiter comme ce qu’il est devenu :

une menace directe à la démocratie

Quand Trump entend ¨voler¨ 2 milliards dans les poches des contribuables pour se constituer une armée pour le protéger!

Ce dernier geste de Donald Trump ressemble à une nouvelle insulte à l’intelligence du peuple américain. Non seulement il a négocié un accor...