D’après l’article « Le nouvel âge d’or de l’électricité », signé par Hélène Baril, publié dans La Presse le 18 mai 2026 à 8 h 00, il faut peut-être commencer à regarder l’électricité autrement.
Pendant plus d’un siècle, le nerf de la guerre économique, c’était le pétrole.
Les pays surveillaient les puits.
Les gouvernements protégeaient les pipelines.
Les grandes puissances se disputaient les routes maritimes.
Les marchés tremblaient chaque fois que le prix du baril montait.
Mais aujourd’hui, une nouvelle bataille est en train de s’installer.
Moins bruyante.
Moins visible.
Mais immense.
La bataille de l’électricité.
Car tout devient électrique.
Les voitures.
Les maisons.
Le chauffage.
Les usines.
Les entreprises.
Les serveurs informatiques.
Les centres de données.
L’intelligence artificielle.
Les objets connectés.
Et une partie de plus en plus grande de notre vie quotidienne.
Autrement dit, plus on veut sortir du pétrole, plus on devient dépendants d’une autre ressource essentielle : l’électricité.
Et c’est là que le vrai défi commence.
Parce que l’électricité ne sort pas du mur par magie.
Il faut la produire.
Il faut la transporter.
Il faut la distribuer.
Il faut construire des barrages, des lignes, des transformateurs, des postes électriques, des réseaux plus solides, des équipements spécialisés.
Il faut aussi des ingénieurs, des matériaux, du temps… et énormément d’argent.
Le Canada veut doubler la capacité de son réseau électrique d’ici 25 ans. Hydro-Québec, de son côté, prévoit des investissements d’environ 200 milliards de dollars pour augmenter sa production et adapter son réseau.
Ce n’est pas un petit chantier.
C’est une transformation historique.
Selon les données citées dans l’article, la demande mondiale d’électricité pourrait augmenter de 3,6 % par année d’ici 2030. Et les investissements mondiaux dans la production, le transport et la distribution d’électricité pourraient passer de 300 milliards US en 2020 à 577 milliards US.
C’est gigantesque.
Et quand une demande aussi forte apparaît partout en même temps, il y a toujours des gagnants.
Les grands fabricants d’équipements électriques comme Siemens, Hitachi, ABB et d’autres deviennent soudainement des acteurs stratégiques. Leurs carnets de commandes se remplissent. Certains équipements, comme les transformateurs, deviennent difficiles à obtenir rapidement. Les délais peuvent maintenant s’étirer sur plusieurs années.
En clair : tout le monde veut bâtir plus d’électricité en même temps, mais l’industrie ne fournit pas assez vite.
Et dans cette file d’attente, Hydro-Québec n’est plus seule.
Un nouveau joueur arrive avec des moyens énormes : les géants du numérique.
Les grandes entreprises technologiques ont besoin de quantités massives d’électricité pour alimenter leurs centres de données, surtout avec l’explosion de l’intelligence artificielle. Elles ont beaucoup d’argent. Elles veulent aller vite. Et elles peuvent parfois payer plus cher pour obtenir les équipements avant les autres.
Résultat : les sociétés publiques d’électricité se retrouvent en compétition avec les géants du web.
Et quand les équipements coûtent plus cher, quand les projets prennent du retard, quand les budgets explosent, il faut bien que quelqu’un absorbe la facture.
Très souvent, ce quelqu’un finit par être le citoyen.
Par les tarifs.
Par les taxes.
Par les programmes publics.
Par le prix des biens et services.
Par le coût général de la vie.
Mais attention : il ne faut pas seulement voir le problème.
Il y a aussi une grande occasion.
Si cette nouvelle électricité sert réellement à remplacer le charbon, le mazout et d’autres formes d’énergie polluantes, alors le virage électrique peut être une excellente nouvelle pour la planète.
Moins de pollution.
Moins de dépendance au pétrole.
Plus d’énergies renouvelables.
Des réseaux plus modernes.
Une économie plus propre.
Mais seulement si on le fait intelligemment.
Parce qu’électrifier le monde sans plan clair, ce n’est pas une transition. C’est une course folle.
Il faut donc poser les vraies questions :
Aura-t-on assez d’électricité?
Sera-t-elle propre?
Les réseaux seront-ils prêts?
Les coûts resteront-ils acceptables?
Les citoyens ordinaires pourront-ils suivre?
Et surtout : l’intérêt public passera-t-il avant les intérêts des géants privés?
Voilà le cœur du sujet.
Le monde entre dans une nouvelle ère énergétique. L’électricité devient le nouveau nerf de la guerre économique. Elle peut nous aider à sortir des énergies polluantes, mais elle peut aussi devenir une nouvelle source de pression sur le portefeuille des citoyens.
Pendant longtemps, on surveillait le prix du pétrole.
Demain, il faudra peut-être surveiller encore plus attentivement le prix de l’électricité.
Parce que dans le monde qui vient, ce ne sera plus seulement le baril qui fera bouger l’économie.
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