La crise du logement, ce n’est pas seulement une question de briques, de béton, de taux d’intérêt ou de permis de construction.
C’est devenu un miroir social.
D’un côté, il y a ceux qui regardent le logement comme un actif : un immeuble, un rendement, une occasion d’investissement, une façon d’augmenter rapidement leur patrimoine.
De l’autre, il y a ceux qui regardent le logement comme un besoin vital : quatre murs, une porte qui ferme, un endroit où dormir, élever ses enfants, respirer, vieillir, reprendre son souffle.
Et c’est là que le paradoxe devient brutal.
La Société canadienne d’hypothèques et de logement rapporte que le taux de disponibilité des logements locatifs au Canada a augmenté en 2025, passant de 2,2 % à 3,1 %. Sur papier, ça peut donner l’impression que la pression diminue. Mais la SCHL précise aussi que l’offre nouvelle est souvent concentrée dans des logements plus chers, parfois trop chers pour les ménages qui en ont le plus besoin. Autrement dit : il peut y avoir plus de logements disponibles, mais pas nécessairement plus de logements abordables.
Voilà le cœur du problème.
Si on construit surtout des unités haut de gamme, on ajoute de l’offre au marché, mais on ne règle pas nécessairement la détresse de ceux qui consacrent déjà une trop grande part de leur revenu au loyer.
C’est comme ouvrir un restaurant de luxe dans un quartier où les gens ont faim. Techniquement, il y a plus de nourriture. Mais ceux qui ont faim ne peuvent toujours pas manger.
Au Québec, une étude relayée par Québec Habitation en février 2026 indiquait qu’un locataire sur cinq aurait eu de la difficulté à payer son loyer dans la dernière année, soit plus de 700 000 personnes. À Montréal, la proportion grimperait à un locataire sur quatre.
Ce chiffre devrait nous arrêter.
La crise du logement n’oppose pas simplement propriétaires et locataires. Elle oppose surtout deux visions du logement.
Et quand une société laisse trop longtemps cette opposition s’élargir, elle finit par créer deux villes dans la même ville.
Le FRAPRU, dans son bilan du 1er juillet 2025, parlait déjà d’une crise d’inabordabilité qui s’étend à travers le Québec. L’organisme demandait aussi un investissement massif et récurrent dans le logement social, notamment 10 000 logements sociaux par année pour répondre à l’ampleur des besoins.
Parce qu’une société peut enrichir quelques investisseurs tout en appauvrissant son tissu humain.
Et quand le logement devient seulement un produit financier, il cesse peu à peu d’être un lieu de vie.
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