Après avoir quitté la politique, Christian Dubé a ressenti ce que vivent bien des gens après une grande transition : le silence, le vide, le besoin de comprendre ce qui vient de se terminer. Mais son bilan comme ministre de la Santé ne se résume pas à son départ difficile avec les médecins.
Pendant la pandémie, il a dû prendre des décisions dans un contexte où personne ne détenait de recette parfaite. Par la suite, il a voulu transformer le réseau plutôt que simplement en gérer les urgences. Son grand projet : créer Santé Québec, afin que le ministère fixe les orientations et qu’un organisme distinct s’occupe davantage des opérations sur le terrain.
Parmi ses réalisations les plus souvent reconnues, on retrouve le GAP, le Guichet d’accès à la première ligne. Ce n’est pas un médecin de famille pour tous, mais c’est un outil qui a permis à beaucoup de Québécois d’obtenir un rendez-vous alors qu’ils n’avaient aucune porte où frapper. La fin des agences privées d’infirmières est aussi considérée par plusieurs comme une mesure courageuse, malgré les difficultés vécues dans certaines régions. Selon Dubé, elle aurait déjà permis des économies importantes.
Mais son passage laisse aussi des questions lourdes.
La grande bataille avec les médecins a abîmé son image. Même des observateurs favorables à l’idée de mieux lier la rémunération médicale à l’accès et aux résultats estiment que son ton et sa façon de faire ont nui au dialogue. Le vrai enjeu demeure pourtant entier : comment payer équitablement les médecins tout en s’assurant que les patients soient vus plus facilement, à la clinique, à domicile ou en soins palliatifs?
Santé Québec suscite également des attentes et des craintes. Certains y voient une chance de réduire la bureaucratie et de mieux gérer le réseau. D’autres craignent une organisation trop administrative, trop centrée sur les chiffres, l’informatique et les finances, sans assez de vision clinique, de prévention et d’écoute du terrain.
Au fond, la mesure la plus simple du succès sera celle-ci : y aura-t-il moins de Québécois obligés d’aller à l’urgence parce qu’ils n’ont trouvé aucun autre soin?
Christian Dubé laisse donc un réseau en transformation, pas un réseau réparé. Son legs n’est ni un échec total ni une victoire achevée : c’est un chantier immense que ses successeurs devront poursuivre avec plus de dialogue, de courage et surtout, avec les patients comme véritable point de départ.
Sources : Louise Leduc, « Le besoin de boucler la boucle » et « Le legs de Christian Dubé, par trois acteurs de la santé », La Presse, publiés le 20 juin 2026.
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