Tel un magicien du désordre politique, Trump parvient toujours à sortir de son chapeau des épouvantails à moineaux pour garder près de lui ses fans et de ce temps-ci, il a choisi les communistes.
Il arrive qu’un mot survive longtemps à l’époque qui l’a vu naître. Aux États-Unis, le mot « communisme » semble connaître une nouvelle jeunesse. Pourtant, ce n’est pas parce que le pays est soudainement rempli de communistes.
Depuis quelque temps, Mike, mon ami américain me parle régulièrement de cette supposée menace. Mais lorsque je lui demande quels dirigeants, quelles lois ou quelles politiques américaines correspondent réellement au communisme tel qu’on l’a connu au XXᵉ siècle, les réponses deviennent beaucoup moins précises.
C’est peut-être là le véritable enjeu.
Pendant la guerre froide, le communisme représentait un adversaire géopolitique majeur. Aux États-Unis, être accusé d’être communiste pouvait détruire une carrière, parfois même une vie. Cette mémoire collective est encore bien présente chez plusieurs Américains.
Aujourd’hui, plusieurs spécialistes estiment que le mot est surtout redevenu une arme politique. Selon une analyse citée dans l’article d’Alexandre Sirois, son utilisation par des figures importantes de la droite américaine a fortement augmenté au cours de la dernière année. Pour des chercheurs comme Matthew Dallek, ce vocabulaire permet de désigner un « ennemi intérieur » autour duquel il devient plus facile de mobiliser une partie de l’électorat.
Cela ne signifie pas que tous les politiciens progressistes sont modérés, ni que toutes leurs idées font consensus. Certains proposent effectivement des réformes importantes en matière de santé, de logement, de fiscalité ou d’environnement. On peut être en accord ou en désaccord avec ces propositions. Mais les qualifier automatiquement de « communistes » évite souvent le débat de fond sur les politiques elles-mêmes.
Les mots comptent. Lorsqu’une étiquette remplace l’analyse, elle finit parfois par créer une réalité parallèle où l’émotion prend le dessus sur les faits.
Au bout du compte, la question n’est peut-être pas de savoir si les communistes sont partout. Elle est plutôt de comprendre pourquoi ce mot est redevenu aussi efficace pour mobiliser, inquiéter ou diviser.
On peut débattre des idées des progressistes, des socialistes démocrates ou des conservateurs. C’est même le cœur d’une démocratie. Mais remplacer ce débat par des slogans ou des étiquettes risque surtout d’alimenter la peur et la polarisation, plutôt que la compréhension.
Source d’inspiration : Alexandre Sirois, Pourquoi Trump voit-il des « communistes » partout ?, La Presse, publié le 7 juillet 2026, s’appuyant notamment sur les analyses des politologues Matthew Dallek et Christophe Cloutier-Roy.
