GREAT AMERICA POLLUTE AGAIN!

 



Donald Trump vient encore de transformer une catastrophe climatique en numéro de cirque diplomatique.

Parce que la fumée des incendies canadiens traverse la frontière, il accuse le Canada de « négligence volontaire », prétend que nous n’entretenons pas correctement nos forêts et menace d’ajouter le « coût de cette pollution » aux droits de douane imposés à nos produits. Naturellement, il n’a fourni aucun calcul sérieux permettant d’établir les milliards qu’il prétend réclamer.

Personne ne nie la gravité de la situation. Des centaines d’incendies brûlent au Canada, tandis que la fumée rend l’air malsain ou dangereux de Detroit à Washington, en passant par Chicago et New York. Mais la fumée ne demande pas de passeport avant de traverser la frontière. Et certains incendies brûlent aussi du côté américain, notamment au Minnesota.

Accuser exclusivement le Canada, c’est donc aussi intelligent que de poursuivre le vent.

Les spécialistes expliquent depuis des années que la chaleur accrue, les sécheresses, la diminution de l’humidité des sols et l’allongement des saisons de feu favorisent des incendies plus intenses. Une étude d’attribution avait notamment conclu que le changement climatique avait plus que doublé la probabilité des conditions météorologiques extrêmes ayant alimenté les grands feux de l’est du Canada en 2023.

Et voilà toute l’indécence de la sortie de Trump : le président d’un pays historiquement responsable de près du quart des émissions mondiales de CO₂ produites par les combustibles fossiles et l’industrie pointe soudainement son doigt vers le nord en criant : « Pollueurs! » Les États-Unis demeurent le plus important émetteur historique de CO₂ de la planète.

Le Canada doit évidemment mieux prévenir les incendies, protéger ses communautés et renforcer la gestion de ses forêts. Mais aucun pays ne peut ratisser des millions de kilomètres carrés de forêt boréale comme on nettoie la cour arrière d’un club de golf.

Le changement climatique est un problème continental et mondial. Il exige de la science, de la coopération, des pompiers, des investissements et de la prévention.

Trump, lui, propose des tarifs douaniers contre la fumée.

Hier, il taxait l’acier. Aujourd’hui, il veut taxer le vent. Demain, imposera-t-il des droits de douane aux nuages canadiens qui osent pleuvoir sur le Vermont?

Ce n’est pas une politique environnementale. C’est une diversion : trouver un voisin à blâmer pour éviter de regarder l’empreinte gigantesque laissée par sa propre nation.

Great America Pollute Again!

Le discours à la nation d'hier de Trump est sans équivoque!

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« Celui qui l'dit, c'est lui qui l'est. »

Il est fascinant de constater que certaines des plus grandes leçons de la vie nous viennent parfois... de la cour d'école.

Qui ne se souvient pas du grand intimidateur qui cherchait constamment à faire peur aux autres? Lorsqu'il lançait une insulte, une vieille réplique revenait presque toujours :

« Celui qui l'dit, c'est lui qui l'est. »

Avec les années, cette phrase a cessé d'être un simple jeu d'enfants. J'y vois aujourd'hui une étonnante clé pour comprendre certains comportements politiques.

En écoutant le discours de Donald Trump hier soir, ces mots me sont revenus presque spontanément.

Depuis des années, il affirme que les élections américaines sont vulnérables, manipulées ou truquées. Pourtant, malgré les nombreuses enquêtes, les recours judiciaires et les vérifications menées après les scrutins de 2020, 2022 et 2024, aucune preuve n'a démontré qu'une manipulation des votes ait modifié les résultats de ces élections.

Cela ne signifie pas pour autant que tout danger est absent.

Car notre époque connaît une autre forme d'influence, beaucoup plus subtile. Les réseaux sociaux, les campagnes de désinformation, les puissants algorithmes qui orientent notre attention, les opérations d'influence menées par certains États étrangers ou certains groupes privés peuvent façonner notre perception du monde bien avant que nous déposions notre bulletin de vote.

Influencer un électeur n'est pas la même chose que manipuler un vote. Mais dans les deux cas, c'est la démocratie qui peut être fragilisée.

À mes yeux, c'est précisément là que le discours d'hier devient troublant.

À l'origine, il y a une intention.

Lorsqu'un dirigeant répète inlassablement que les institutions sont corrompues, que les élections sont truquées et que personne ne mérite plus notre confiance, il ne décrit pas seulement une réalité : il contribue aussi à la construire dans l'esprit de ceux qui l'écoutent.

Cette intention se transforme ensuite en discours. Les faits sont sélectionnés, certaines informations sont amplifiées, d'autres ignorées. Les contradictions deviennent secondaires. Ce qui importe n'est plus tant de démontrer que de convaincre.

La création est alors bien réelle.

Ce n'est plus seulement un discours télévisé. C'est un récit dans lequel les institutions deviennent suspectes, les contre-pouvoirs sont discrédités et l'absence de preuves finit parfois par être interprétée comme... une preuve supplémentaire.

La réception, elle, varie selon chacun.

Certains y voient un président courageux qui ose dénoncer ce que d'autres cacheraient.

D'autres reconnaissent plutôt une stratégie classique de projection : attribuer aux autres les intentions ou les comportements que l'on redoute... ou que l'on pratique soi-même.

Et c'est ici que la vieille réplique de notre enfance reprend toute sa force.

« Celui qui l'dit, c'est lui qui l'est. »

Non pas comme une vérité absolue, mais comme une invitation à réfléchir.

Lorsqu'un dirigeant accuse constamment les autres de manipuler la démocratie, ne révèle-t-il pas aussi sa propre conception du pouvoir? Lorsqu'il affirme que tout est truqué, ne risque-t-il pas d'obtenir précisément ce qu'il prétend combattre : une population qui ne croit plus en ses institutions?

Une démocratie ne s'affaiblit pas seulement lorsque des votes seraient truqués. Elle peut aussi se fragiliser lorsque suffisamment de citoyens finissent par croire, sans preuves convaincantes, que plus rien n'est digne de confiance.

C'est peut-être cela, le véritable bruit du monde.

Les mots ne changent pas les résultats d'une élection.

Mais ils peuvent transformer durablement notre rapport à la vérité.

Et lorsqu'une société cesse de partager une même confiance dans les faits, ce ne sont plus seulement les élections qui deviennent vulnérables. C'est le dialogue lui-même qui commence à se fissurer.