Depuis toujours, l’être humain cherche à repousser ses limites. Nous avons créé des lunettes pour mieux voir, des prothèses pour remplacer un membre, des stimulateurs cardiaques pour soutenir le cœur, des implants pour restaurer l’audition. L’intelligence artificielle pourrait pousser cette logique beaucoup plus loin.
Un jour, peut-être, nous ne chercherons plus seulement à réparer le corps humain, mais à augmenter ses capacités, préserver sa mémoire, prolonger son existence ou transférer certaines fonctions de l’esprit vers des supports artificiels.
C’est ici que notre discussion devient vertigineuse.
L’humain est biologique. Il vieillit, tombe malade et meurt. La machine, elle, peut être réparée, reproduite, sauvegardée et transférée vers un autre support. Si nous parvenions un jour à reproduire suffisamment fidèlement les mécanismes de la mémoire, de la personnalité et de la conscience, une nouvelle question apparaîtrait :
pourrions-nous prolonger l’être humain au-delà de son propre corps?
Nous n’en sommes évidemment pas là aujourd’hui. Nous ne savons même pas encore expliquer complètement ce qu’est la conscience ni démontrer qu’elle pourrait être transférée. Il faut donc distinguer ce que la science permet déjà de faire de ce que nous imaginons qu’elle permettra peut-être demain.
Mais certaines frontières commencent déjà à bouger : interfaces cerveau-machine, neuroprothèses, implants, intelligence artificielle, simulation de réseaux neuronaux.
La rivière technologique que nous avons créée pourrait donc sortir de son lit. Et cela n’est pas nécessairement synonyme de catastrophe. Certaines ruptures peuvent également ouvrir de nouveaux chemins.
Le défi sera de décider jusqu’où nous voulons aller sans perdre ce qui fait de nous des humains.
Car si la machine devient un jour plus humaine, la question la plus importante pourrait finalement être l’inverse :
jusqu’à quel point l’humain acceptera-t-il de devenir machine pour dépasser ses propres limites?
C’est toute l’idée derrière cette citation :
le grand bouleversement de l’IA pourrait ne pas être la transformation de la machine en humain, mais la transformation progressive de l’humain lui-même.

