« Quand la transparence sert le mensonge et que le vérifiable disparaît»




J’ai longtemps cru que transparence et vérité allaient naturellement ensemble.

Mais en 2026, ce n’est plus si simple.

On peut tout montrer, tout filmer, tout diffuser… et pourtant manipuler le récit.

La transparence ne garantit pas la vérité. Elle garantit seulement que quelque chose est visible.

Et quand cette visibilité s’allie au mensonge, à la répétition et au spectacle permanent, elle devient un outil redoutable.

Le trumpisme l’a compris.

Mais en 2026, un autre phénomène rend cette mécanique encore plus puissante. Sur certaines grandes plateformes, les affirmations politiques peuvent circuler massivement sans rencontrer le même contrepoids journalistique qu’autrefois. Aux États-Unis, Meta a abandonné la vérification indépendante par des tiers au profit des Community Notes; au Canada, Facebook et Instagram continuent de bloquer les nouvelles en raison du conflit entourant la Loi sur les nouvelles en ligne.

Le résultat est paradoxal : ce qui affirme, provoque et divise peut voyager extrêmement vite, tandis qu’une partie du journalisme professionnel capable de vérifier, contextualiser et contredire ces affirmations est moins visible ou absente du même espace.

Nous ne pouvons pas affirmer que toutes ces décisions ont été prises uniquement pour servir le trumpisme. Mais leur effet peut incontestablement lui être favorable : moins le récit rencontre de contre-pouvoirs crédibles sur son propre terrain de diffusion, plus il devient facile de l’imposer.

Autrement dit : quand l’affirmation voyage plus facilement que sa vérification, celui qui contrôle le récit part avec une longueur d’avance.

Et quand le vérifiable recule, le mensonge respire mieux.

Le trumpisme en profite pleinement.

On désigne alors des ennemis :
les immigrants volent nos emplois,
les experts mentent sur le climat,
le Canada profite de nous,
il y a des communistes partout.

Et pendant que les citoyens se disputent entre eux, les vraies questions passent au second plan :

Qui profite?
Qui s’enrichit?
Qui décide?
Qui perd ses protections?
Qui gagne davantage de pouvoir?

C’est là le tour de passe-passe.

On transforme une lutte qui devrait parfois être verticale,entre pouvoir, richesse et population, en conflit horizontal entre voisins, travailleurs, générations et communautés.

Le plus paradoxal, c’est que le leader peut se présenter comme le protecteur des gens ordinaires tout en soutenant des politiques qui avantagent davantage ceux qui sont déjà puissants.

Alors le citoyen regarde à côté de lui au lieu de regarder vers le haut.

Voilà pourquoi la division est si efficace.

Un peuple occupé à se battre entre lui-même demande moins de comptes à ceux qui gouvernent. Et si, en plus, ce qui pourrait être vérifié circule moins facilement que ce qui excite, scandalise ou désoriente, la manipulation du récit devient encore plus facile.

Et c’est peut-être là l’essentiel de notre image Padreso :

Pendant qu’on se dispute entre nous, le pouvoir monte.

Parce qu’au fond, une démocratie saine ne repose pas seulement sur la transparence.

Elle repose sur la capacité de vérifier, de comprendre, de comparer les sources et surtout de refuser qu’on nous divise pour mieux nous diriger.

On ne construit pas une nation forte en la divisant.

— Padreso • atelier JPGO