L'An 1 du « Don » Trump : Le racket mondial comme politique étrangère



Il y a un an jour pour jour, le monde retenait son souffle (ou baissait les bras, c’est selon) alors que Donald Trump reprenait possession du Bureau Ovale. Pour ce premier anniversaire de son retour au pouvoir, nous nous attendions à tout : des tweets incendiaires, des auto-congratulations délirantes, peut-être une nouvelle guerre commerciale déclenchée sur un coup de tête.

Nous avions tort. C’était sous-estimer la capacité de cet homme à rabaisser la fonction présidentielle vers des abysses inexplorés.

Ce à quoi nous avons assisté hier lors de son discours "anniversaire" ne relevait pas de la politique étrangère. Cela ne relevait même pas de l'"Amérique d'abord”. C’était, ni plus ni moins, la présentation d'un plan d'extorsion à l'échelle planétaire. Une scène digne d'un mauvais film de Scorsese, où le président des États-Unis a troqué son costume de chef d'État pour celui de parrain de la pègre.

Avec un cynisme glaçant, Donald Trump a dévoilé son grand projet : un "Système de Protection de la Paix Mondiale". Le nom sonne bien, presque noble. La réalité est sordide. Oubliez la diplomatie, les alliances historiques, les traités complexes. Le nouveau credo de Washington est simple : la paix, ça s'achète.

Le tarif ? Un milliard de dollars américains par pays.

C'est le prix à payer pour l'adhésion à ce club très fermé. Le prix pour ne pas être laissé en pâture aux loups, ou pire, pour ne pas subir les foudres du protecteur lui-même. Dans le jargon de la rue, on appelle ça du racket. C'est la méthode éprouvée de la brute qui vient voir le commerçant du quartier en lui disant : "Belle boutique que vous avez là. Ce serait dommage qu'il lui arrive quelque chose. Pour la protéger, il faut payer."

Donald Trump applique désormais cette logique de voyou aux relations internationales.

La victime collatérale immédiate et délibérée de ce braquage géopolitique est, bien sûr, l'Organisation des Nations Unies. L'ONU, avec ses défauts, ses lourdeurs, mais également son cadre indispensable de dialogue multilatéral, est jetée aux orties. Pourquoi s'encombrer de Conseils de sécurité et de votes à l'Assemblée générale quand on peut simplement envoyer la facture ? Trump ne veut pas réformer le système international bien établi ; il veut le remplacer par un comptoir de prêteur sur gages où sa propre milice fait la loi.

Sur ce blogue, nous avons souvent dénoncé les dérives, les mensonges et les incompétences de ce personnage. Mais, aujourd'hui, un cap a été franchi. Ce n'est plus de la politique spectacle, c'est du grand banditisme d'État.

En agissant comme un criminel de haut vol plutôt que comme le leader du monde libre, Trump ne se contente pas d'isoler l'Amérique. Il jette une honte profonde et durable sur le peuple américain, pris en otage par une administration qui confond la Maison-Blanche avec le siège d'un syndicat du crime.

Si c'est cela, la vision de la paix mondiale pour les trois prochaines années, nous devrions tous commencer à économiser. Ou, mieux encore, à résister.

Pourquoi le Canada ne peut pas se permettre l’absence, même quand le sol est toxique

 



🟦 JP&GP – ÉDITORIAL





On peut reprocher bien des choses au sommet sur Gaza proposé par Donald Trump.

Son cadre.

Son vocabulaire.

Ses angles morts.

Son aveuglement volontaire face à la légitimité politique et humaine des Gazaouis.


Et pourtant, malgré cet asbestos politique — invisible, toxique, mais bien réel — la présence du premier ministre canadien n’est pas une erreur. Elle est une nécessité stratégique.



Être présent ne signifie pas être dupe



Le monde réel ne se gouverne pas dans des salles parfaitement ventilées.

Il se gouverne dans des pièces imparfaites, parfois malsaines, où l’absence ne purifie rien.


Le Canada ne va pas à ce sommet pour applaudir un plan clé en main.

Il y va parce que les décisions s’y prendront avec ou sans lui.


S’absenter aurait offert au Canada une posture morale confortable — mais une influence nulle.

Être présent, c’est accepter l’inconfort pour préserver une capacité d’intervention, même limitée.



Le rôle historique du Canada : être là quand personne ne veut y être



Le Canada n’est ni une superpuissance militaire, ni un empire financier.

Sa valeur diplomatique repose sur autre chose :


  • la crédibilité
  • la modération
  • la capacité de dire non de l’intérieur, pas depuis la galerie



Dans les moments de recomposition géopolitique, le Canada a souvent choisi :


non pas la pureté idéologique,

mais la présence active dans les zones grises.


Ce sommet est une zone grise. Dangereuse, oui.

Mais désertée, elle deviendrait monochrome.



Mark Carney : le langage qu’ils comprennent… et celui qu’il devra traduire



Le choix de Mark Carney n’est pas anodin.

Il parle la langue des marchés, des institutions, des banques mondiales.

C’est précisément pour cela qu’il est invité.


Mais c’est aussi ce qui lui impose une responsabilité supplémentaire :

👉 traduire ce langage froid en exigences humaines,

👉 rappeler que la stabilité ne se calcule pas uniquement en flux de capitaux.


Sa présence ne vaut rien si elle est silencieuse.

Elle devient essentielle si elle introduit du doute là où tout semble déjà décidé.



L’asbestos qu’on ne peut ignorer indéfiniment



Soyons clairs :

ce sommet traite Gaza comme un territoire à stabiliser avant d’être une société à reconnaître.


C’est une erreur fondamentale.

Mais refuser d’entrer dans la pièce n’élimine pas l’asbestos.

Cela laisse simplement les autres respirer seuls… jusqu’à l’effondrement.


Le rôle du Canada n’est pas de prétendre que l’air est sain.

Il est de nommer la toxicité, même si le chantier continue.



Conclusion : présence n’est pas approbation



Le Canada ne cautionne pas tout en étant présent.

Il résiste par la participation,

il influence par la parole,

il tempère par la crédibilité.


Dans un monde où les grandes décisions se prennent souvent sans légitimité parfaite,

la pire option reste encore le retrait.


Parce qu’un siège vide ne protège personne.

Et qu’une voix absente ne sauve aucun avenir.


— JP&GP

Colisée numérique – là où la présence compte encore