Quand Muhammad Ali a refusé la guerre


 

Le 14 mars 2026, le blogue du journaliste Richard Hétu du journal La Presse rappelait l’un des moments les plus marquants de l’histoire du sport et de la conscience politique moderne.

En 1967, en pleine Vietnam War, le champion du monde de boxe Muhammad Ali refuse de répondre à l’appel sous les drapeaux de l’armée américaine.

Son refus n’est pas stratégique.
Il est moral.

Ali sait très bien ce qu’il risque : la prison, la perte de son titre mondial et la fin possible de sa carrière.

Mais sa conscience parle plus fort que la peur.

Devant les autorités américaines, il prononce alors ces mots qui marqueront l’histoire :

« Ma conscience ne me permet pas d’aller tuer mon frère, ou des personnes de couleur ou des gens pauvres et affamés dans la boue, pour la grande et puissante Amérique. Et leur tirer dessus pour quoi faire ? Ils ne m’ont jamais traité de nègre. Ils ne m’ont jamais lynché. Ils n’ont jamais lâché leurs chiens sur moi. Ils ne m’ont pas volé ma nationalité, ni violé ni tué mon père et ma mère. Pourquoi voudrais-je leur tirer dessus, pour quoi faire ? Je dois aller les tuer, ces pauvres petits Noirs, ces petits bébés et ces enfants, ces femmes ; comment puis-je tirer sur ces pauvres gens ? Emmenez-moi en prison. »

Le prix est lourd.

Ali est condamné à cinq ans de prison, déchu de son titre et interdit de boxer pendant plusieurs années.

Mais l’histoire finira par lui donner raison.

En 1971, la Cour suprême des États-Unis annule finalement sa condamnation.

Avec le recul, ce moment dépasse largement le monde de la boxe.
Il devient un symbole universel : celui d’un individu qui choisit d’écouter sa conscience plutôt que d’obéir aveuglément à l’ordre du moment.

Dans un monde où les guerres sont toujours justifiées par de grandes causes, Ali rappelle une vérité plus simple et plus humaine.

Le courage n’est pas seulement de se battre.
Parfois, c’est de dire non à la guerre.

Guerre, pétrole et illusion politique

 





Quand la géopolitique devient un spectacle

La guerre qui oppose aujourd’hui les États-Unis à l’Iran s’inscrit dans une longue histoire de rivalités au Moyen-Orient. Elle ne surgit pas dans un vide. Depuis des décennies, tensions nucléaires, affrontements indirects et alliances régionales entretiennent une instabilité chronique entre Téhéran, Washington et Israël.


Mais comme souvent dans les crises internationales, la dimension géopolitique se mêle rapidement à une dimension politique intérieure.


Dans plusieurs pays, les dirigeants savent qu’un conflit extérieur peut provoquer ce que les politologues appellent un « effet de ralliement autour du drapeau » : face à une menace, une population se rassemble momentanément derrière son gouvernement. L’histoire montre toutefois que cet effet est généralement temporaire. Si la guerre s’enlise ou si ses coûts deviennent trop élevés, le soutien peut s’éroder aussi vite qu’il est apparu.


Au cœur de cette crise se trouve un lieu que peu de citoyens connaissent vraiment, mais qui constitue l’un des points névralgiques de l’économie mondiale : le détroit d’Ormuz.


Ce passage maritime étroit, situé entre l’Iran et Oman, voit transiter environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde. Une fermeture prolongée provoquerait une onde de choc énergétique planétaire. Pourtant, malgré les menaces régulières, l’Iran hésite à franchir ce pas. Bloquer réellement ce détroit nuirait aussi à ses propres exportations et risquerait de déclencher une riposte militaire majeure.


Pour l’instant, la menace agit surtout comme un levier psychologique sur les marchés.


Les marchés financiers, justement, réagissent souvent de manière prévisible face aux guerres. La première réaction est presque toujours la même : une chute brutale provoquée par l’incertitude. Les investisseurs se réfugient alors dans les actifs jugés plus sûrs, comme l’or ou les obligations.


Mais l’histoire montre qu’après cette phase de panique, les marchés se stabilisent souvent, puis peuvent même rebondir. Une fois que l’ampleur réelle du conflit devient plus claire et que l’économie continue de fonctionner, les investisseurs recommencent à regarder vers l’avenir.


Aujourd’hui, ce processus est amplifié par un acteur invisible : les algorithmes de trading. Ces programmes analysent en temps réel les nouvelles économiques et politiques et déclenchent automatiquement des achats ou des ventes en quelques millisecondes. Ils accélèrent ainsi les mouvements de marché, transformant chaque annonce géopolitique en vague instantanée de volatilité.


Certaines industries bénéficient aussi de ces périodes de tension. Historiquement, les crises internationales favorisent souvent :


  • les entreprises énergétiques
  • les producteurs de métaux précieux
  • l’industrie de la défense
  • certaines matières premières stratégiques.



Les marchés ne jugent pas la guerre sur un plan moral. Ils tentent simplement d’anticiper les secteurs qui profiteront des nouvelles réalités économiques.


Il existe même un paradoxe économique troublant. Plusieurs grandes guerres ont été suivies de phases de croissance importantes. Les conflits mobilisent massivement l’industrie, accélèrent l’innovation technologique et entraînent parfois de vastes programmes de reconstruction.


Mais cette croissance provient souvent d’une réalité beaucoup plus sombre : la reconstruction de ce qui a été détruit.


Au final, les crises internationales rappellent une vérité constante. Les technologies modernes et les algorithmes peuvent accélérer les réactions des marchés, mais ce sont toujours les décisions humaines ,politiques, stratégiques et parfois théâtrales qui façonnent réellement l’histoire.


Et dans ce grand théâtre géopolitique, certains dirigeants aiment parfois se présenter comme les magiciens capables de faire disparaître les conflits d’un simple geste.


La réalité, elle, est rarement aussi simple


Des Dix commandements à la boussole morale du monde moderne


 

Et si les grandes tensions politiques de notre époque n’étaient pas seulement des conflits d’idées, mais le signe que nos sociétés ont perdu leur boussole morale commune ?

Depuis toujours, les sociétés humaines se heurtent à une même question fondamentale : comment permettre à des individus imparfaits de vivre ensemble sans sombrer dans la violence, la méfiance ou le chaos.

Il y a plus de trois millénaires, une réponse parmi d’autres a pris la forme d’un code moral devenu célèbre : les Dix commandements. Au-delà de leur dimension religieuse, ces règles constituent aussi un cadre social. Elles cherchent à organiser les relations humaines autour de trois grands piliers : la relation au sacré, le respect de la personne et la justice dans la société.

En d’autres termes, elles tentent de répondre à une réalité simple : lorsque les instincts humains ne sont pas encadrés, les conflits deviennent inévitables.

Mais si l’on regarde ces commandements avec un regard contemporain, ils peuvent aussi devenir autre chose : un outil d’observation de la société.

Imaginons un instant que chacun évalue, sur une échelle de 1 à 10, le respect de ces principes dans son propre comportement, dans son entourage et chez ceux qui dirigent nos institutions. En agrégeant ces perceptions, on pourrait presque construire un indice moral du monde, une sorte de baromètre social comparable aux indices économiques que nous suivons quotidiennement.

Un tel exercice ne mesurerait pas la morale en soi, ce qui serait impossible , mais plutôt notre perception collective de l’état moral de notre environnement.

Or, cette idée rejoint étonnamment certaines recherches scientifiques.

Les anthropologues ont constaté que presque toutes les cultures humaines possèdent des règles similaires : aider sa famille, protéger son groupe, respecter l’autorité, partager équitablement ou respecter la propriété. Ces principes existent parce qu’ils facilitent la coopération entre individus.

La psychologie morale arrive à une conclusion semblable. Selon plusieurs chercheurs, nos systèmes moraux reposent sur quelques instincts fondamentaux : protéger les autres, rechercher la justice, défendre son groupe et maintenir un ordre social. Chaque culture, chaque époque, met simplement l’accent sur certaines de ces valeurs plutôt que sur d’autres.

C’est ce qui forme ce que certains appellent la boussole morale des sociétés.

Et c’est peut-être là que notre époque devient particulièrement intéressante.

Dans plusieurs sociétés occidentales modernes, la morale est souvent centrée sur la protection des individus et l’égalité des droits. Dans d’autres régions du monde, la loyauté collective, la tradition ou l’autorité restent des repères plus structurants.

Ces différences expliquent une partie des tensions politiques que nous observons aujourd’hui.

Mais le phénomène le plus surprenant est ailleurs.

Les chercheurs constatent que la plus grande fracture morale actuelle ne se situe pas seulement entre les nations ou les civilisations. Elle apparaît à l’intérieur même des sociétés. Des citoyens vivant dans le même pays peuvent interpréter les mêmes événements à partir de visions morales radicalement différentes.

Cette situation peut donner l’impression d’un monde instable, parfois même chaotique.

Pourtant, l’histoire nous montre que ces périodes ne sont pas nouvelles.

La fin de la République romaine fut marquée par une perte de confiance dans les institutions et une polarisation politique intense. La Réforme du XVIᵉ siècle a bouleversé l’ordre religieux et provoqué une explosion d’idées nouvelles grâce à la presse à imprimer. La révolution industrielle a transformé l’économie, le travail et les structures sociales en profondeur.

Chaque fois, les sociétés ont traversé une phase où les anciennes règles semblaient ne plus suffire, tandis que les nouvelles restaient encore à inventer.

Notre époque porte plusieurs de ces caractéristiques : révolution technologique, circulation accélérée de l’information, transformation des repères culturels et remise en question des institutions traditionnelles.

Nous vivons peut-être, une fois de plus, une transition historique.

Dans ces moments charnières, les sociétés doivent redéfinir leurs équilibres. Elles cherchent, parfois dans la confrontation, parfois dans la réflexion, de nouvelles façons d’organiser la coexistence humaine.

C’est là que les anciens systèmes moraux, qu’ils soient religieux, philosophiques ou juridiques, reprennent souvent une valeur inattendue. Non pas comme réponses définitives, mais comme points de repère dans un paysage qui change rapidement.

Car derrière les débats politiques, les crises sociales ou les transformations technologiques, une question demeure.

Une question qui traverse les siècles et qui, aujourd’hui encore, nous concerne tous :

Comment tirerons-nous notre épingle de ce jeu sociétal contemporain ?

C’est peut-être dans cette interrogation, plus que dans les réponses immédiates, que commence la réflexion collective dont nos sociétés auront besoin pour écrire la prochaine étape de leur histoire.

Discours d'Obama au funérailles de Jesse Jackson à encadrer dans votre mémoire permanente.



 

« Chaque jour, nous nous réveillons face à une nouvelle attaque contre nos institutions démocratiques. Un nouveau revers pour l’idée de l’État de droit. Une offense à la décence commune. Chaque jour, vous vous réveillez face à des choses que vous ne pensiez tout simplement pas possibles. Chaque jour, ceux qui occupent de hautes fonctions nous disent de nous craindre les uns les autres et de nous retourner les uns contre les autres, que certains Américains comptent plus que d’autres, et que certains ne comptent même pas du tout. Partout, nous voyons la cupidité et le sectarisme célébrés, et l’intimidation et la moquerie se faire passer pour de la force. Nous voyons la science et l’expertise dénigrées, tandis que l’ignorance, la malhonnêteté, la cruauté et la corruption récoltent des récompenses incalculables. Chaque jour. Nous voyons cela, et il est difficile d’espérer. Mais cet homme, le révérend Jesse Jackson, nous incite à emprunter un chemin plus difficile. Sa voix nous invite tous à être les hérauts du changement, les messagers de l’espoir. »


La lecture en 2026 : lire plus… mais autrement ?


 


Nous lisons probablement plus que jamais.

Messages textes, courriels, publications, infolettres, manchettes, commentaires, sous-titres de vidéos. Chaque jour, nos yeux traversent des milliers de mots. Pourtant, quelque chose a changé.

Nous ne lisons plus comme avant.

Autrefois, la lecture était un espace. Un temps suspendu. Un rendez-vous avec une œuvre qui exigeait patience et silence. Des romans comme Les Misérables de Victor Hugo ne se consommaient pas : ils se traversaient. Lentement. Ils façonnaient une conscience, installaient un doute, obligeaient à habiter la complexité.

Aujourd’hui, la lecture s’inscrit dans le flux. Elle est fragmentée, rapide, concurrente d’images et de notifications. On scrolle, on survole, on réagit. L’objectif n’est plus toujours de comprendre, mais de suivre. L’attention se divise, la profondeur s’effrite.

Cela ne signifie pas que l’humain régresse. Il s’adapte. Il devient plus rapide, plus informé, plus agile dans le traitement de l’information. Mais il risque aussi de devenir plus réactif que réfléchi, plus stimulé qu’enraciné.

La question dépasse la littérature. Elle touche notre manière de vivre.

Si nous consommons les livres comme nous consommons nos journées vite, distraitement, sans silence, que devient notre intériorité ? La lecture a longtemps été un exercice de transformation. Elle nous obligeait à ralentir, à intégrer, à laisser mûrir une idée. À supporter l’ambiguïté.

Or la vitesse permanente supporte mal l’ambiguïté.

Dans vingt ans, deux tendances pourraient coexister. D’un côté, des individus hyperconnectés, informés en continu, capables de réagir en temps réel aux soubresauts du monde. De l’autre, une minorité choisissant la lenteur, la lecture longue, la réflexion approfondie, non par nostalgie, mais par nécessité intérieure.

Mais rien n’est figé.

Car l’humain conserve toujours le choix.

Le choix de lire lentement dans un monde rapide.
Le choix de scroller sans culpabilité lorsqu’il le décide.
Le choix d’alterner.
Le choix d’un mode hybride, où l’on navigue entre flux numérique et immersion profonde.

La technologie propose.
L’algorithme suggère.
Mais la décision demeure personnelle.

La fracture ne sera peut-être pas économique ou technologique. Elle sera cognitive et humaine : entre ceux qui laisseront le flux décider pour eux, et ceux qui reprendront consciemment le rythme de leur attention.

La lecture en 2026 n’est donc pas en déclin. Elle est en mutation. La véritable question n’est pas “lisons-nous moins ?” mais “choisissons-nous encore comment nous lisons ?”

Car lire n’a jamais été seulement accumuler des mots.

C’était apprendre à habiter le monde.

Et ce choix-là, malgré les écrans, demeure profondément humain.