L’accusation de Tim Sheehy paraît explosive : le Canada « bloquerait systématiquement » les entreprises américaines de lutte contre les incendies, tout en envoyant ses propres avions subventionnés gagner de l’argent aux États-Unis.
Le problème, c’est que sa propre ancienne entreprise contredit la pièce maîtresse de son discours.
Bridger Aerospace, fondée par Sheehy, affirme publiquement mener des opérations de lutte contre les incendies aux États-Unis et au Canada, au service d’organismes fédéraux, étatiques, provinciaux et locaux. Ses documents corporatifs indiquent également qu’elle offre ses services à l’international. Voilà une curieuse façon, pour le Canada, de « bloquer systématiquement » les entreprises américaines.
Il peut exister des exigences canadiennes de certification, de sécurité, d’admissibilité ou d’approvisionnement. Mais une réglementation n’est pas automatiquement un blocus protectionniste. Pour démontrer son « racket », Sheehy devrait identifier les entreprises refusées, les appels d’offres contestés, les règles discriminatoires et les ressources disponibles qui auraient été volontairement écartées. Dans les déclarations rapportées, il ne fournit rien de tout cela.
L’aide américaine existe déjà
Les États-Unis et le Canada possèdent depuis 1982 un accord de coopération en matière d’incendies de forêt. En juin 2025 encore, le centre américain de coordination avait envoyé du personnel fédéral au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique. Le Centre interservices des feux de forêt du Canada coordonne officiellement le partage de personnel, d’équipement et d’aéronefs avec ses partenaires internationaux.
Doug Ford ne demandait donc pas l’invention soudaine d’un programme de charité. Il rappelait simplement le principe sur lequel repose cette coopération : quand le voisin brûle, on l’aide.
Les avions canadiens ne volent pas gratuitement
Sheehy présente ensuite les contrats accordés aux avions canadiens comme si Ottawa dépouillait les contribuables américains. Or les États-Unis engagent également des entreprises privées américaines à des tarifs commerciaux considérables. Un contrat du Montana avec Bridger prévoyait environ 51 621 dollars par jour pour chaque avion disponible, auxquels s’ajoutaient plus de 17 000 dollars par heure de vol. Le recours à des appareils étrangers n’est donc pas un complot canadien : c’est le fonctionnement normal d’un marché spécialisé où les ressources sont limitées.
Et il faut regarder qui parle. Sheehy a fondé Bridger Aerospace, détient des intérêts placés dans une fiducie et milite pour une utilisation accrue des appareils privés. Des enquêtes ont relevé que les politiques qu’il défend pourraient profiter au secteur dans lequel son ancienne entreprise évolue. Cela ne rend pas automatiquement ses arguments faux, mais cela oblige certainement à révéler son intérêt commercial manifeste dans le débat.
Pendant ce temps, les États-Unis avaient eux-mêmes déjà vu brûler environ 3,7 millions d’acres en 2026, bien au-dessus de leur moyenne décennale. Les incendies ne sont donc ni une invention canadienne ni un produit que l’on peut arrêter à la douane.
Sheehy ne répond pas à une urgence climatique. Il transforme une coopération vieille de plusieurs décennies en guerre commerciale et offre à Trump un nouveau slogan.
Ce n’est pas le Canada qui bloque l’aide américaine. C’est la politique trumpiste qui bloque encore une fois les faits.
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